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Assurance Commerce

Multirisque professionnelle : ce qu’elle couvre pour un commerce

Comprendre l'assurance commercePar 9 min de lecture

Multirisque professionnelle : ce qu’elle couvre pour un commerce

La multirisque professionnelle est un contrat unique qui réunit plusieurs protections : celle des biens du commerce (local, matériel, marchandises), celle de la responsabilité du commerçant envers les tiers et, selon les formules, celle de ses pertes financières après un sinistre. Elle ne couvre pas « tout » : chaque garantie a ses conditions, ses plafonds, sa franchise et ses exclusions, qui figurent dans les conditions générales et particulières du contrat. Cet article présente l’architecture habituelle de ce contrat, pour savoir ce qu’on y trouve et ce qu’il faut vérifier avant de signer.

À retenir
– La multirisque professionnelle regroupe en un seul contrat des garanties de dommages aux biens, de responsabilité civile et, souvent, de pertes financières.
– Incendie, explosion et dégâts des eaux figurent en règle générale dans le socle ; le bris de glace, le bris de machine, la protection juridique ou la perte d’exploitation sont parfois inclus, parfois proposés en option.
– Une assurance de biens est un contrat d’indemnité : l’assureur ne peut pas verser plus que la valeur du bien au moment du sinistre (article L121-1 du Code des assurances).
– Une déclaration inexacte du risque peut réduire l’indemnité après un sinistre (article L113-9 du même code).
– Le contenu exact dépend toujours du contrat et de l’activité exercée.

Une multirisque, c’est quoi exactement ?

Le mot « multirisque » désigne une logique de regroupement. Plutôt que de souscrire séparément une assurance incendie, une assurance contre le vol, une assurance de responsabilité civile, le commerçant obtient dans un même document un ensemble de garanties calibrées pour son activité. France Assureurs, la fédération professionnelle du secteur, décrit ainsi le contrat multirisque professionnel comme un contrat qui inclut notamment les garanties incendie, explosion et dégâts des eaux, complétées par des extensions à choisir selon le métier exercé.

On peut retenir trois blocs, que l’on retrouve chez la plupart des assureurs, avec des noms et des découpages différents :

  1. les dommages aux biens : le local, le contenu, le matériel, les marchandises ;
  2. la responsabilité civile : les dommages causés à autrui par le commerce, son exploitation ou son personnel ;
  3. les pertes financières : les conséquences économiques d’un sinistre sur l’activité.

Un même intitulé, par exemple « formule essentielle » ou « formule confort », peut recouvrir des garanties très différentes d’une compagnie à l’autre. La comparaison se fait donc garantie par garantie, pas sur le nom de la formule.

Le volet dommages aux biens

C’est le cœur du contrat pour un commerce de détail : il protège ce qui est physiquement présent dans le point de vente. Les garanties le plus souvent rencontrées sont les suivantes.

Incendie et événements assimilés. L’incendie, l’explosion et parfois la foudre constituent le socle historique. La garantie couvre en général les dégâts matériels causés au local, au mobilier, au matériel et aux marchandises assurés. Elle peut aussi inclure des frais annexes, comme le déblaiement ou les mesures de sauvetage, dans les limites du contrat. Le sujet est détaillé dans l’article consacré à la garantie incendie en commerce.

Dégâts des eaux. Fuite de canalisation, débordement, infiltration : la garantie répare les dommages causés par l’eau aux biens assurés et, selon les contrats, prend en charge la recherche de la fuite. Les conditions varient beaucoup, notamment sur les infiltrations par la toiture ou les causes exclues comme le défaut d’entretien. Voir la garantie dégât des eaux.

Vol et vandalisme. La garantie vol est presque toujours assortie de conditions de protection : serrures, rideau métallique, alarme, ou encore preuve d’une effraction. Le contrat précise aussi ce qui est couvert : marchandises, contenu de la caisse, matériel, dégradations du local à l’occasion d’une tentative. Le vol commis sans effraction, les vols par les clients ou les salariés sont souvent traités à part, voire exclus. Détails dans l’article sur la garantie vol pour un commerce.

Bris de glace. Vitrines, baies vitrées, miroirs muraux et enseignes lumineuses peuvent être visés. Selon un courtier en ligne, cette garantie est tantôt intégrée au socle, tantôt proposée en option, et écarte généralement les objets fragiles mobiles, la vaisselle ou les écrans électroniques.

Autres événements. Tempête, grêle, neige, catastrophes naturelles, dommages électriques, bris de machine : ces garanties existent dans de nombreux contrats, mais leur présence dans le socle n’est pas systématique.

Le volet responsabilité civile

Un commerçant peut être tenu de réparer un dommage causé à un client, à un fournisseur, à un voisin. La multirisque intègre généralement une garantie de responsabilité civile dont France Assureurs distingue plusieurs composantes : la responsabilité liée à l’occupation des locaux (par exemple lorsqu’un incendie ou un dégât des eaux né dans le commerce atteint les voisins), la responsabilité liée à l’exercice de l’activité, y compris du fait des salariés, et la responsabilité de l’employeur envers son personnel.

Pour les commerces qui vendent des produits, une garantie « après livraison » ou « produits » complète parfois le dispositif. Cette garantie ne doit pas être confondue avec les dommages subis par les biens du commerçant lui-même : la responsabilité civile indemnise les tiers, pas le commerce.

Par ailleurs, le commerçant doit mentionner sur ses factures, selon France Assureurs, l’assurance professionnelle souscrite, les coordonnées de l’assureur et la couverture géographique lorsque cette obligation s’applique à son activité. Le contenu précis de ces mentions dépend de la réglementation propre à chaque profession.

Le volet pertes financières et les options

Un sinistre ne détruit pas seulement du matériel : il interrompt souvent l’activité. Certains contrats multirisques intègrent, dans le socle ou en option, une garantie de pertes d’exploitation. Elle a pour objet de compenser, pendant une durée fixée au contrat, la baisse de marge brute ou la poursuite de certaines charges fixes pendant l’arrêt. À titre d’illustration, l’un des grands assureurs présente dans son contrat multirisque professionnelle la prise en charge de frais d’exploitation nécessaires, de frais de relogement temporaire et de location de matériel, avec une durée d’indemnisation qui dépend de l’option choisie. Ces éléments sont propres à l’offre de cet assureur et ne valent pas règle générale.

La garantie n’est déclenchée que si le dommage matériel à l’origine de l’arrêt est lui-même couvert par le contrat, et elle s’applique dans le cadre d’une durée et d’un plafond fixés. Ce mécanisme est expliqué dans l’article sur la perte d’exploitation. Un commerçant qui ne la trouve pas dans son contrat peut, selon l’offre, l’ajouter par extension.

Options et extensions : ce qui dépend de l’activité

Au-delà du socle, les assureurs proposent des options adaptées aux métiers. On rencontre notamment :

  • la protection juridique professionnelle, pour financer ou accompagner un litige ;
  • la garantie informatique ou cyber, utile lorsque la caisse et les stocks sont gérés par un système connecté ;
  • la garantie des marchandises en cave, en réserve ou en transport ;
  • l’assurance des denrées en cas de panne du froid pour les commerces alimentaires ;
  • la garantie contre les dommages électriques ;
  • des extensions saisonnières lorsque le stock augmente à certaines périodes.

Ces exemples sont des possibilités, pas une liste garantie : un même contrat peut proposer certaines options et pas d’autres. Un commerce alimentaire, une bijouterie et un magasin de vêtements n’ont pas les mêmes risques ; la multirisque n’a de sens que si elle est ajustée à l’activité déclarée. Les valeurs à assurer doivent aussi être cohérentes : capital mobilier, marchandises, agencements, matériel.

Ce que le contrat ne prend pas en charge

Il est essentiel de connaître les limites de la garantie avant un sinistre, car c’est à ce moment-là que les écarts apparaissent.

La franchise. Il s’agit de la somme qui reste à la charge de l’assuré. Le Code des assurances admet expressément qu’il soit stipulé que l’assuré supporte une déduction fixée d’avance sur l’indemnité (article L121-1). Son montant, fixe ou proportionnel, se lit dans les conditions particulières et peut varier selon la garantie.

Le principe indemnitaire. Le même article dispose que l’assurance relative aux biens est un contrat d’indemnité et que l’indemnité ne peut pas dépasser la valeur de la chose assurée au moment du sinistre. Concrètement, l’assurance ne doit pas enrichir l’assuré. La notion de vétusté et la valeur à neuf, que certains contrats prévoient pour une durée limitée, influencent le montant réellement versé. Generali indique par exemple proposer une indemnisation à neuf pour du matériel jusqu’à une certaine ancienneté, ce qui illustre que ces règles se lisent contrat par contrat.

Les exclusions. Chaque garantie est assortie d’exclusions : guerre, faute intentionnelle, défaut d’entretien, absence des protections exigées au contrat, activités non déclarées. Elles figurent en principe en toutes lettres dans les conditions générales.

Les plafonds. Certaines garanties sont limitées par un capital maximal (contenu de la caisse, marchandises de valeur, vitrines). Un plafond trop bas pour la réalité du commerce se révèle au moment de l’indemnisation.

L’exactitude des déclarations. L’article L113-9 du Code des assurances prévoit que l’omission ou la déclaration inexacte de l’assuré ne rend pas le contrat nul de plein droit, sauf mauvaise foi. Si elle est constatée après un sinistre, l’indemnité est réduite en proportion de la prime payée par rapport à celle qui aurait été due si les risques avaient été complètement et exactement déclarés. D’où l’importance de déclarer avec précision l’activité, la surface, les stocks et les protections en place. Sur ce sujet, l’article consacré à la sous-assurance est un prolongement utile.

Comment lire son contrat avant de signer

Quelques points de contrôle permettent de comparer deux propositions sans se laisser guider par le seul intitulé.

  1. L’objet assuré. Le contrat vise-t-il le local, le contenu, ou les deux ? Un locataire n’a pas les mêmes besoins qu’un propriétaire de murs.
  2. Les capitaux garantis. Sont-ils alignés sur la valeur réelle du matériel, des agencements et du stock, y compris aux périodes de forte activité ?
  3. Les garanties incluses et optionnelles. Bris de glace, dommages électriques, perte d’exploitation, protection juridique : sont-ils inclus, à quel prix, avec quelle durée ?
  4. Les franchises. Fixes ou proportionnelles, différentes selon la garantie ?
  5. Les conditions de prévention. Serrures, alarme, extincteurs, rideau : sont-ils exigés comme condition de garantie ?
  6. Les délais de déclaration d’un sinistre, fixés au contrat dans le respect des minima légaux, et les pièces à fournir.

Foire aux questions

La multirisque professionnelle est-elle obligatoire pour un commerce ?

Non, pas en tant que telle pour la plupart des commerces. Certaines assurances sont imposées à certaines activités réglementées, et un bail commercial ou un prêt peut exiger une assurance des locaux. C’est le contrat de bail ou l’établissement financier qui fixe alors l’exigence. Le point est traité dans l’article sur l’obligation d’assurance commerce.

La perte d’exploitation est-elle comprise dans une multirisque ?

Cela dépend du contrat. Certaines offres l’intègrent dans une formule complète, d’autres la proposent en option. Dans tous les cas, elle suppose un dommage matériel garanti et s’applique sur une période et dans des limites précisées au contrat.

Le bris de glace est-il inclus ?

Souvent proposé, il est tantôt inclus automatiquement pour les activités à vitrine, tantôt en option. Les vitrines et baies vitrées sont généralement visées, tandis que les objets fragiles mobiles et les écrans sont couramment exclus. Seules les conditions particulières tranchent.

Peut-on être moins bien indemnisé que prévu ?

Oui, dans plusieurs cas : franchise, plafond, vétusté, exclusion, réduction pour déclaration inexacte du risque, ou valeur assurée inférieure à la valeur réelle des biens. Toutes ces règles sont lisibles dans le contrat avant la signature, et c’est le meilleur moment pour poser les questions.

Conclusion

La multirisque professionnelle n’est pas un produit standard mais une architecture : des biens, des responsabilités et des pertes financières regroupés dans un seul contrat, dont le contenu réel dépend de l’assureur, de la formule et de l’activité déclarée. Pour un commerce, les points qui comptent sont la cohérence des capitaux assurés, la présence des garanties utiles à l’activité (bris de glace, perte d’exploitation, dommages électriques), le niveau des franchises et l’exactitude des déclarations. Lire les conditions particulières ligne par ligne, poser les questions par écrit et réviser le contrat lorsque l’activité évolue restent les meilleurs réflexes pour éviter les mauvaises surprises au moment d’un sinistre.